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Voyez le. Par n'importe quel moyen, voyez ce Quelques minutes après minuit.

0h17 exactement. Voyez le, c'est le genre de film indispensable et précieux qui n'arrive que rarement.

Tout, de l'histoire, des personnages, de la mise en scène à l'intention du réalisateur, tout porte la marque du génie. Bayona nous avait soufflé avec L'Orphelinat, il ne fait que confirmer son talent à traiter la thématique sur laquelle il travaille et d'une manière si magistrale que peu peuvent rivaliser avec lui. On pense à Spielberg et l'hommage n'est que peu par rapport à la préciosité du film. Le film de Bayona est un chef d'oeuvre et les contradicteurs n'ont qu'à fermer leur gueule parce que rien ne viendra ébranler ma profonde conviction que Bayona signe là un film indispensable, humaniste et touchant au coeur tous les spectateurs.

Comment parler d'un chef d'oeuvre? Déjà par son intention. Le film de Bayona n'a pas d'autre ambition que conter le combat d'un jeune garçon face à la maladie de sa mère. Lewis MacDougall livre une performance hallucinante face à sa mère Felicity Jones atteinte d'un cancer incurable. Livré à lui même et à une grand mère interprétée tout en justesse par une Sigourney Weaver au sommet, Conor (puisque c'est son nom) doit composer avec la vie, notamment un collège où il est le souffre douleur de quelques abrutis et la maladie dévorante de sa mère. Il se réfugie auprès d'un arbre vivant qui lui lui propose un deal : je te raconte trois histoires et tu me racontes la dernière, le cauchemar que tu fait chaque nuit. L'arbre qui prend vie vient du cimetière en face de sa chambre. Il se manifeste quelques minutes après minuit, à 0h07 précisément et embarque Conor dans des histoires allégoriques sur le Bien et le Mal et les subtilités qui les entourent. Le Bien et le Mal ne sont pas toujours ceux auxquels on croit et surtout nos choix entrainent des conséquences. Les allégories sont flagrantes et sans fard, les histoires ne tournent pas en rond et vont à l'essentiel ce qui ne fait que renforcer Conor sur la trajectoire qui l'attend, sur la maladie de sa mère.

Au-delà du film de monstre, ce film est un profonde oeuvre sur le deuil, comment l'accepter à tout âge, comment l'appréhender. Un film profondément humain, sur le déni et l'acceptation qui utilise le genre pour faire passer un message. Une véritable ode à la puissance de l'imaginaire consolatrice ou accompagnatrice dans les passages de notre vie. L'imaginaire n'a jamais aussi bien servi un tel propos. Il s'agit de la seule liberté qui nous est encore possible d'avoir, nous devons la cultiver, l'entretenir, la faire grandir et prendre soin d'elle. Elle est la seule alternative à Conor pour survivre dans ces conditions de maladie et de mort. La seule à laquelle il se raccroche. L'imaginaire est un vaste continent que jamais aucun politique ou banquier ne saura nous enlever et Bayona frappe juste, au bon moment, au bon endroit pour nous dire de nous y réfugier. Une profession de foi que peu en dehors de Spielberg ou Guillermo Del Toro ou Peter Jackson ne saurait nous convier. L'imaginaire est notre seule liberté dans ce monde aseptisé et il est le seul capable de nous parler de la vie quand nous en avons besoin. Bayona le sait et convoque une imagerie de synthèse mêlant aquarelle et infographie pour mieux nous faire plonger dans ces historiettes. Mais jamais cela ne dépasse celle (l'imagerie) de Conor si empreint de réalisme qu'elle nous prend aux tripes et aux larmes, celle d'un enfant confronté à la mort, à la perte de repère et à la reconstruction parce que lui est un survivant d'un drame qui se joue sous nos yeux.

Le film est une oeuvre formidable aux multiples lectures nous confrontant à une des vérités les plus cinglantes : nous vivons pour mourir. Si vous ne souhaitez pas vous confronter à cette dure réalité, ne voyez pas ce film. C'est un film qui ne cherche pas à vous ménager et saura vous faire pleurer comme rarement. Un film magnifique qui possède une telle maturité ne se manque pas. Il nous émeut, et clairement c'est l'objectif de Bayona. Il ne s'agit pas d'un film de monstre mais un hommage psychanalytique sur l'apprentissage au deuil. Le réel nous dit une vérité mais c'est le plongeon dans l'imaginaire qui va nous révéler la Vérité.