Résultat de recherche d'images pour "7h58 ce samedi là"

Sidney Lumet revient. L'immense réalisateur de 12 Hommes en colère, Un après-midi de chien ou encore Serpico, à près de 83 ans, réalise ce thriller familial et nous preuve qu'il n'a rien perdu de sa grandeur.

Ne perdons pas notre bonne habitude, résumé Allociné : «Ce samedi matin-là, dans la banlieue de New York, tout semble normal dans la vie des Hanson. Alors que Charles, le père, passe un test de conduite, sa femme Nanette ouvre la bijouterie familiale. Leur fils aîné, Andy, s'inquiète pour le contrôle fiscal qui débute lundi. Et comme d'habitude, Hank, son frère cadet, se noie dans ses problèmes d'argent.Mais à 7h58, ce samedi-là, tout va basculer dans la vie des Hanson. »

Coupons court au suspense (puisque que tout arrive dès le début): tout bascule parce que les frères Hanson décident de braquer la bijouterie familiale à 7h58, ce samedi-là, ce samedi où normalement c'est l'employée de la bijouterie qui ouvre et non maman, le flingue devait être en plastique mais c'est un vrai et la bijouterie a une arme. Échange de coups de feux, le cambrioleur, enrôlé pour l'occasion est à terre, mort, maman aussi et Hank qui faisait le guet en bagnole se tire.

D'un script en béton armé, carré, efficace, sans faille, tirant toutes les ficelles de l'intrigue du premier au dernier plan, Lumet tire un thriller âpre et parle de la famille, notamment de la filiation avec une justesse sans égale. Les personnages de Hank et Andy sont tous deux sous le joug du carcan familial, ou plutôt paternel, un père qui aime ses fils mais qui ne sait pas leur dire, ou seulement au mauvais moment, et leurs vaines tentatives d'émancipation finissent en échec. Associé à cela, le carcan de la position sociale, du rang qu'ils occupent, sous pression, jamais émancipateur, les personnages des deux frères sont profondément pieds et mains liés et comme pour conclure cette défaite face à leur vie, c'est à l'entreprise familiale qu'ils s'en prennent. Une boucle. Le scénario nous offre une boucle, sans rien dire du final, tragique, magnifique, inattendu.

La mise en scène est incroyable de sobriété, nous offrant comme seul gimmick la multiplication des points de vue sur les scènes clés. Filmées de manières différentes, les scènes prennent toute leur ampleur comme des attaches scénaristiques cruciales, où tout commence à cet endroit précis de la mise en scène. Suivant ses personnages si proches, s'immisçant dans leur vivant et leurs problématiques personnelles (Hank doit payer la pension de sa femme et de sa fille qui ne veut pas le voir, Andy doit payer sa drogue et satisfaire une femme qui le trompe avec son propre frère), Lumet n'hésite pas à nous les rendre à la fois attachant pour Hank et vicelard et féroce pour Andy. Et puis pardon mais négligez Marisa Tomei, bon Dieu, faut vraiment être un con.

La multiplication des points de vue de personnages et temporels rendent le récit implacable comme les pièces d'un puzzle qui s'enchainent les unes aux autres pour ficeler une intrigue sans fausse note rivalisant d'ingéniosité malgré la profusion de situations et de personnages. Chaque personnage a son issue, Seul Hank disparaît à la fin et le père, figure tutélaire, reprend les rênes d'un monde qui lui a échappé. Du moins se venge imposant sa propre loi. Familiale ou éthique, à vous de juger.

Lumet signe donc un film à la mise en scène soignée, profondément imprégné par ses personnages, implacable, au scénario ficelé, aux petits oignons. Une œuvre simple, sans fioriture, sans superflus, efficace et en même temps d'un classicisme old school bienfaiteur, prenant son temps pour tisser son intrigue, ses personnages, les liens entre eux et résoudre un énigme poignante et sans concession. Une réussite.