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Ce film nous raconte l’histoire vraie du colonel britannique Percy Fawcett parti cartographié une zone inexplorée de la Bolivie. L’explorateur se prend de passion pour l’endroit et se lance à la recherche d’une civilisation millénaire dont il veut retrouver la trace. Il baptise le lieu qu'il recherche Z, comme écho à notre civilisation, le maillon manquant qui nous lie tous.

Ce qu'on peut affirmer c'est que nous tenons là un grand film de cinéma, lorgnant vers les classique du film d'aventure des années 60. Le tournage a été épique puisque James Gray a tenu à filmer sur les lieux en pellicule. La photo, splendide en Amazonie et en Angleterre, est signée du grandissime Darius Khondji (qui a travaillé avec Spielberg ou encore Fincher entre autres), et les plans superbement composés.

Le film commence par une partie de chasse au cerf en Angleterre, cerf qu'abat Fawcett, officier reconnu pour ses capacités mais jamais honoré de médaille d'aucune sorte. Le film n'aura de cesse de le mettre dans cette recherche intime de reconnaissance et d'une manière dichotomique d'émancipation des principes de la civilisation. N'est-il pas un des rares défenseurs de la place des indiens en tant qu'êtres humains, alors que la plupart de ses confrères ne les considèrent que comme des sous hommes ? Fawcett se présente comme un grand héro humaniste et philosophiquement en avance sur son temps mais qui s'oblige à garder et conserver les convenances de son époque. Les discussions avec sa femme le prouve : une femme doit rester au foyer et élever les enfants mais la femme n'a jamais autant d'importance que dans ce film. Sans elle, Fawcett n'est rien. J'ai la sensation que la femme de Fawcett a été traitée comme le personnage le plus humaniste, humble et philosophiquement au-dessus de tous les autres, y compris son mari. Elle élève et donne naissance, certes mais émane d'elle la toute puissance où vient puiser Fawcett son énergie.

Dans ce film, d'une richesse thématique incroyable, la position sociale joue un rôle prépondérant. Fawcett doit laver le nom de sa famille (on ne saura pas de quoi) et met un point d'honneur à exécuter sa mission, sombrant peu à peu dans une obsession d'une civilisation vierge et d'une cité mythique qu'il est sur le point de découvrir. Obligé de retourner en Angleterre, il obtiendra une médaille pour le succès de son entreprise mais Fawcett est ailleurs. La question de la représentation sociale s'efface progressivement au profit d'une vision purement humaniste de l'autre, la considération de l'indien ayant bien plus de valeur à ses yeux que les joutes verbales d'avec ses détracteurs. Même la Première Guerre mondiale ne viendra pas à bout de son rêve, le grade ne l'intéresse plus, seules pour lui l'exploration et la découverte de son antique civilisation sont les moteurs de sa vie, au point d'y emmener son fils. Autre thème majeur du film, la filiation. La femme de Fawcett donne naissance à trois enfants qu'il ne verra grandir que par intermittence, des enfants qui l'appellent père mais ne le connaissent pas, lui qui tend à honorer sa famille de ses grandes découvertes. Sa femme dans une scène clé du film où elle demande à l'accompagner lors d'une de ses expéditions lui jette au visage « Je ne serai pas résistante ? Sais-tu au moins ce qu'est un accouchement toi qui n'a jamais été là ? ». Fawcett aime ses enfants. Profondément. Mais d'impérieuses voix le réclament. Lui qui doit laver son nom, le refaçonne lui donne une autre dimension pour que ses enfants puissent avoir un père glorieux. L'aîné, qui lui reproche son absence dans une scène devient son partenaire à la fin.

Pour ce qui est de l'aventure, j'émets des réserves. Le spectateur est toujours à la lisière de basculer dans le film d'aventure mais jamais James Gray ne nous pousse. On reste finalement très en arrière de cette quête. On ne rentre jamais vraiment dans la découverte. La communication avec les tribus, par exemple, n'est pas développée, on a la vision d'un autre monde qu'on n'arrive pas à toucher, la folie du rêve de Fawcett n'est jamais réellement palpable comme celle d'Aguirre par exemple. Des sujets intéressants sont entièrement mis de côté ethnologiquement alors que pour ce genre de film, le spectateur est avide de découvrir, veut en savoir plus. Sur les indiens, leur mode de pensées, comment ils accueillent ces blancs, comment le dialogue s'établit et comment chacun y trouve son compte puisque l'aventure continue. On reste à la lisère comme si Gray, spécialiste du cadre intimiste de la ville, peinait à trouver une ouverture, un ton, une dimension émotionnelle dans la jungle pour y traiter des relations humaines et happer le spectateur.

Mais on ne va pas cracher sur une œuvre profondément humaine et humaniste, somptueuse techniquement, qui nous fait voyager sur des décennies dans une quête inespérée qui frôle le fantastique, un film humble que le réalisateur aura mis 7 ans à monter et dont la beauté, quoiqu'un peu scolaire, laisse des images gravées dans la tête bien longtemps après la projection.