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Ahlala ça va être dur.

Le pitch AlloCiné : Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d'autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.

Il est loin le temps de Pusher et de Bronson. Bronson, 2008. Presque 10 ans. Il est loin le temps où Nicolas Winding Refn avait des trucs à dire. On sentait le chemin dévier avec Valhalla Rising en 2009 (mais qui reste malgré tout pour moi un de ses films préférés, un peu creux certes mais qui résiste grâce à Mads Mikkelsen tatoué et bête de combat!!) et puis éclats de génie, 2011, Drive débarque et casse tout. Public et critique, tout le monde est d'accord, le film est génial. Puis les temps sombres de la pub et du navet Only God Forgives, film esthétique creux dont je ne suis toujours pas revenu. Et puis de la pub encore et des clips. Refn gagne des points d'expérience en technicité, en découpage, en éclairage, il amasse de l'expérience. Alors quand on entend parler de son retour au cinéma et qui plus est dans le film d'horreur, on se dit que le bonhomme va nous épater, ayant repris peut-être du poil de la bête, s'étant renfloué les poches en dollars grâce aux contrats de pub, peut-être que Only God Forgiven était une erreur de parcours et que le droit chemin du genre le reboostera le pépère Refn.

Eh bin non. Mais alors pas du tout.

The Neon Demon est une pure coquille vide bien branlée esthétiquement mais dont le discours est soit, au choix, inexistant, soit du niveau primaire. Le monde cruel de la mode est un monde cruel. Voilà à peu près ce que j'ai retenu. Mais attention grâce aux éclairages saturés, les ambiances lorgnant (mais alors là putain on en est très loin sans déconner) vers Suspiria, dont le réal revendique l'influence, à ses squelettiques gonzesses travaillant dans la mode, aux costumes, au maquillage appuyé, grâce à toute cette technique et le maniérisme obsessionnel de Refn, on croit qu'on va avoir droit à la déflagration tant attendu d'un auteur qui a su s'imposer, imposer son style et une image. Et c'est bien là le problème : Refn aujourd'hui n'est qu'une image. Il signe son film d'un logo : NWR comme Yves Saint Laurent avec YSL. Pareil. Même démarche égotique voire nombriliste.

Alors oui les plans sont chiadés, c'est merveilleusement cadré et éclairé, le découpage est méthodique, les personnages apparaissent telles des ombres sans âme, interchangeables parce que c'est la mode, et la mode ça te prend, ça joue avec toi et ça te jette comme une ordure. Mais pourquoi nous faire un film de deux heures pour en arriver à cette conclusion simpliste? Parce qu'il n'y a pas d'autres enjeux dans ce film. Une putain de coquille vide sans âme sauf si on accorde à un spot publicitaire de deux heures le statut d'oeuvre. On est au cinéma, on raconte des histoires, où elle est ta putain d'histoire? Où ils sont tes personnages? Qu'est-ce que tu as construit? Une immense coquille vide. Mais la coquille est belle, pleine de couleur et maniérée. Pour le reste, nada, que dalle, on s'en bat les steaks. Le personnage principal est translucide, jamais développé plus de 2 minutes, ni attachant, ni touchant, ni quoi que ce soit, on s'en contrefout royalement, c'est horrible. C'est même pas de l'épure c'est une véritable absence de scénario, de point de vue, de réalisation. Si encore on nous emmenait vers quelque chose de consistant, pourquoi pas. Mais là on nous livre un final que je ne vais pas spoiler mais qui est creux et d'une naïveté, putain, pourquoi tu nous fais ça et comme ça?

Quand Refn fait Pusher en 96, il rencontre un succès phénoménal, film bien foutu sur des petites frappes, on suit un héros tiraillé entre son activité de dealer et sa copine accro, menotté à ses activités et qui n'a qu'une envie, celle de respirer. Refn est tout de suite remarqué par Hollywood qui l'attire jusqu'à elle et lui fait pondre une merde avec John Turturro, flop total et qui l'endette à mort. De retour à la maison, il se trouve dans la merde, un enfant qui est arrivé entre temps, il se voit contraint pour renflouer les caisses d'écrire une suite à Pusher. Et c'est là où Refn est bon : dans la contrainte. Il pond Pusher 2, un film stratosphérique avec son ami Mads Mikkelsen sur la parenté et la filiation. Pareil pour Pusher 3 et surtout Bronson, film de commande qu'il transcende par la radicalité de son propos: on ne peut s'épanouir dans l'art que dans la contrainte. Trop de liberté nuit à la création.

The Neon Demon est le prototype même du dysfonctionnement de Nicolas Winding Refn. La liberté totale de création annihile toute velléité cinématographique du bonhomme. Il ne sait pas quoi raconter quand il est libre de le faire. Je pense, sans faire de recherche, que le cas Drive répond de cette obligation de remplir un cahier des charges imposé. Parce que le suivant Only God Forgives était un film fait par pur désir égoïste de l'auteur et une bouse cosmique sans âme. Valhalla Rising sentait déjà cette odeur de vide mais constitue à mon sens une réussite et donc une erreur dans mon raisonnement, je le reconnais. Mais ça sentait quand même pas trop bon (même si je l'adore, je me répète). Sans contrainte, Refn ne fait pas de bons films. Je le maintiens et attends avec impatience qu'il me prouve l'inverse.

En attendant et pour conclure, The Neon Demon est à mon sens un film esthétique sans scénario ni vision, du bel ouvrage fait avec soin mais profondément sans âme.